Ce matin là Kevin avait été particulièrement insupportable, même avec elle. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas été aussi insolent. Elle avait faillit craquer mais à force de calme avait réussi à le remettre au travail jusqu’à l’arrivée d’un jeune homme de seize ou dix sept ans.
Dés son entrée dans la pièce la situation avait basculée et il avait largement encouragé le gamin à faire n’importe quoi ! Finalement à la fin de la journée elle l’avait bloqué pour lui parler seul à seul. Et à sa grande surprise il avait eu l’aire de comprendre !
Pendant quelques semaines la situation avait eu l’air de s’améliorer.
L’adolescente se redressa et retourna prendre son journal.
10 janvier !
Alexandre est revenu aujourd’hui et quand je l’ai vu entrer je dois avouer que j’ai eu peur de ce qu’il allait faire. Mais au contraire il c’est montré très persuasif avec son frère. Il c’est encore excusé pour sa conduite de la semaine dernière.
En fait il est assez gentil. En plus l’ambassadeur m’a demandé de jouer les jeunes filles au paire pendant les vacances. Et je crois que je vais accepter !
L’adolescente referma son journal et sortit de la chambre, elle traversa un grand couloir et descendit le large escalier de marbre avant de sortir dans le jardin. Le soleil était trop chaud pour être vraiment agréable elle s’installa à l’ombre d’un grand saule pleureur. Le vent soufflait dans les branches entraînant des milliers de petites graines blanches. On aurait presque dit une neige légère et tiède qui s’envolait au dessus du parc. Elle recommença à écrire.
Oui au début il était gentil, il me prêtait des livres et pendant que son frère et sa sœur travaillaient nous pouvions discuter. Mais rapidement son attitude a changé. Malheureusement j’avais déjà accepté de partir.
Elle ferma les yeux et s’accouda un peu plus contre le vieux tronc.
Rapidement son attitude avait changé, des gestes, des regards, des attitudes, des phrases qui lui échappaient ! Il était devenu plus entreprenant.
Au début elle l’avait repoussé doucement mais ça ne l’avait pas arrêté bien au contraire. On aurait dit que sa résistance l’attirait.
Un jour alors qu’elle expliquait un exercice à Cathy il c’était approché par derrière et avait commencé à lui caresser le dos et la nuque tout en parlant à sa sœur.
Victoire avait attrapé ses doigts au moment où il passait sur son épaule et d’un geste lent c’était dégagée.
-Il me semblait avoir été claire !
Le soir même elle en avait parlé à l’ambassadeur qui avait hoché la tête.
Il était persuadé que ce n’était qu’un malentendu et que je me faisais sans doute des idées. Ca se voyait dans ses yeux. Mais bon il avait quand même promit qu’il lui parlerait.
De nouveau un frisson secoua la jeune fille, il lui avait parlé effectivement, mais les conséquences n’avait pas été celle qu’elle avait espérée. Chaque fois qu’elle repensait à cette scène sa gorge se nouait.
Trois jours plus tard, il était revenu assister à la leçon. Au début il s’était contenté de discuter avec son frère et de lui donner quelques réponses. Mal à l’aise Victoire n’avait pas osée intervenir et elle avait donné aux deux enfants un exercice supplémentaire. Avant de retourner s’asseoir de l’autre cotés de la chambre. C’est là qu’il était venu la rejoindre. Il parlait bas chuchotant presque.
-L’ambassadeur m’a parlé. Je suis navré que nous en soyons arrivé là.
-Je pense qu’il fallait mettre les choses au clair.
-Nous somme d’accords.
Il avait contourné sa chaise pour se placer dans son dos et recommença à lui caresser la nuque.
-Qu’est ce que vous…
-Chut ! Maintenant tu vas m’écouter.
Même faible le ton de la voix était impérieux et l’adolescente était incapable de réagir. Elle ne s’attendait pas à cette situation.
-Je ne…
-Ici tu n’es même pas sur le territoire français ! Et tant que mon père n’est pas là c’est moi qui commande ! Mais même dans le cas contraire, premièrement je suis sous immunité diplomatique et deuxièmement l’affaire serait étouffée.
Assise au pied du saule l’adolescente avait recommencé à trembler. A ce moment là elle état complètement incapable de réagir. Encore maintenant elle avait l’impression de sentir cette main la brûler. Elle revivait la scène.
Il avait continué à parler, de la même voix grave mais elle ne comprenait pas. Lentement la main avait longé le bras, glissé sur son poignet puis remonté pour s’arrêter sur l’épaule.
Mais au moment où il avait essayé de la glisser dans l’encolure de sa chemise elle c’était levée brutalement et lui avait retourné une gifle !
Il avait sourit mais ses yeux brillaient de colère.
-Tu regretteras ce geste !
-Je ne crois pas non !
Sans ajouter un mot de plus elle avait quitté la pièce. Elle traversa les couloirs les uns après les autres pour se retrouver devant la porte du bureau de l’ambassadeur. Malgré les protestations de la secrétaire elle avait poussé la porte et était entrée.
Le hasard avait voulu que le père des enfants soit justement dans le bureau avec l’ambassadeur. Mais en réalité elle ne l’avait pas vraiment remarqué.
Ils voulurent protester mais s’arrêtèrent devant sa pâleur et le tremblement de ses mains.
-Quelque chose ne va pas ?
-Je démissionne !
-Quoi ?
-C’est simple ceci était mon dernier cour je ne reviendrais plus ! Messieurs !
Elle sortit sans ajouter un mot laissant les deux hommes à leur surprise.
L’adolescente recommença à écrire.
C’est vrai que j’ai du leur paraître bizarre ce jour là. Mais je n’étais pas capable de réfléchir. D’ailleurs j’était tellement choquée que je n’avais même pas réussit à écrire dans mon journal ! A ce moment là je savais juste une seule chose ! Je ne voulais jamais remettre les pieds là bas ! J’aurais du m’en tenir à cette résolution.
Pendant plus d’une semaine ils avaient essayés de la joindre par tout les moyen. Même en passant par sa professeur de bio. Elle n’avait répondu ni au téléphone ni au mail. Mais un jour alors qu’elle parlait avec des amies à la sortie des cours, un limousine blanche c’était arrêtée sur le trottoir d’en face.
Z
L’adolescente ne pu s’empêcher de sourire en repensant à ce qui c’était passé.
Le petit groupe venait de sortir et personne n’avait vraiment envie de rentrer chez lui. Ils bavardaient donc tranquillement quand la voiture c’était arrêté. Evidemment elle avait automatiquement attirée l’attention générale. Il était déjà rare de voir passer une limousine dans le quartier, encore plus de couleur blanche alors quand en plus elle s’arrêtait.
Victoire n’avait pas fait le rapprochement avec l’ambassade… Comme la plupart des élèves présents elle pensait que le propriétaire de la voiture descendait à l’hôtel situé juste en face de la sortie. Mais elle reconnut rapidement l’homme qui en descendit.
Il m’était déjà arrivé de devoir passer prendre les enfants, généralement l’ambassadeur ordonnait à la voiture de me conduire. Généralement j’étais trop occupée avec Kevin pour pouvoir discuter avec le chauffeur mais inconsciemment j’avais gardé son visage en mémoire. Il m’a fallut quelques secondes pour comprendre mais finalement j’ai comprit que la voiture c’était arrêté à cause de moi.
A ce moment là sans réfléchir elle avait essayé de s’éloigner en espérant que personne ne la remarquerait. Mais une surprise l’attendait juste au coin de la rue. Le père des enfants était là en compagnie de Cathy.
-Bonjour mademoiselle.
-Monsieur je pensais avoir été claire.
-Non ! Non, vous avez été beaucoup de chose, surprise, surprenante, énervée, choquée mais claire non et c’est dommage.
-Je voudrais rentrer chez moi.
-Je ne compte pas vous en empêcher mais avant je vous demande de m’écouter.
-Ecoutez, quoique vous disiez vous ne me ferez pas revenir sur ma décision et vous ne savez pas…
-Ce qui c’est passé ? Si je le sais.
-Quoi ?
La voiture arriva à ce moment là pour s’arrêter juste devant eux, le chauffeur sorti et ouvrit la porte.
-Permettez moi au moins de vous raccompagner chez vous. Et à lui de vous présenter des excuses.
Un bruit de pas tira l’adolescente de sa rêverie, quelqu’un marchait dans sa direction, d’un geste souple elle escala le grand arbre pour se retrouver au cœur du feuillage. Elle reprit son journal pour lire le passage correspondant.
19 Janvier.
Alexandre était assis dans la voiture en compagnie d’un autre homme. Je n’étais pas sur d’avoir envie de monter ni de leur faire assez confiance à tout les trois pour le faire. Mais Cathy était là et j’osais espérer qu’ils ne feraient rien en sa présence. Je suis donc monté en essayant de m’asseoir le plus loin possible de lui. Il avait les yeux baissés comme s’il n’osait pas vraiment me regarder en face.
L’adolescente ferma les yeux. Elle avait encore se sentiment de dégoût qui le la quittait jamais dés qu’elle restait dans la même pièce que lui. Le père était le seul à parler.
-Détendez vous !
-Comment êtes vous au courant !
-Après votre passage éclaire nous avons voulu savoir ce qui avait pu se passer. Je suis donc aller voir mes enfants pour comprendre ce qu’ils avaient fait pour vous mettre dans un état pareille. Et je dois avouer qu’au début c’était surtout Kevin qui attirait mes soupçons. Mais Cathy avait assisté à la dernière partie de la scène, notamment à la gifle ! Je connais mon fils ! Dés lors il n’était pas très dur de comprendre ce qui avait pu vous mettre dans cet état. Je l’ai donc convoqué et j’ai réglé le problème avec lui ! Je suis donc désormais en mesure de vous assurer que ce genre d’accident ne se répétera pas ! Alexandre !
En face le jeune homme s’excusa d’une vois faible. Mais Victoire secouait la tête incrédule.
-J’aimerais que vous reveniez sur votre décision.
-Un accident ? Cela n’avait rien voir avec un accident ! Et je ne compte pas accepter des excuses ! D’autre part monsieur vous êtes absent la moitié du temps. Comment pourriez vous assurer ma sécurité !
En face l’autre homme prit la parole, il avait sans doute une trentaine d’année, peut être un peu moins.
-Mon frère doit repartir ce soir ! Il ne reviendra plus que pour de court séjour, et dans ces moments vous pourrez bien entendu cesser les cours !
-Votre travail avec Kevin est fantastique, je regretterais qu’il vous perde à cause de cette histoire. Bien entendu nous respecterons votre décision. Mais si vous décidez d’accepter je vous donnerais mon numéro de portable privé ainsi que celui de mon fils aîné. De cette façon vous pourrez nous joindre directement tout les deux.
L’adolescente était restée muette quelques secondes.
-Nous savons que ce n’est pas une décision facile à prendre. Mais j’ajoute que mon offre est toujours valable.
-J’ai besoin de réfléchir mais je suppose que je serais prête dans ses conditions à reprendre les cours ! Mais certainement pas à venir avec vous pendant les vacances. Ici je suis, en tant que citoyenne français protégée. Mais là bas je ne le serais pas !
-Vous aurez votre soutient et celui de mon fils !
-Mais vous ne serez pas toujours auprès de moi ! Et je suis désolée mais je doute sincèrement de votre réaction en cas de problème sérieux sur votre territoire ! Il reste votre fils !
-Je ne peux que comprendre ! Mais si je trouvais un moyen d’assurer votre sécurité ?
-Je doute qu’il en existe un qui soit suffisamment rassurant pour me donner le courage de venir !
-Mais si j’en trouve un ! Viendriez vous ?
-Je suppose que c’est possible !
-Nous arrivons chez vous, le prochain cours aurait eu lieux demain mais c’est sans doute un peu court pour prendre une décision de ce genre. Prenez le temps qu’il vous faudra et appelez moi quand vous aurez décidé. Je vais essayer de trouver une solution.
L’adolescente s’appuya un peu plus tout en restant accrochée à la branche. Elle tourna les pages de son journal.
20 Janvier
Je ne sais pas quoi faire ! Tout les deux avaient l’air sincères et je crois qu’effectivement maintenant je ne risque plus rien à l’ambassade. Mais je ne veux pas aller là bas avec eux ! En fait je ne veux jamais le revoir. Je crois que je vais reprendre les cours, c’est sans aucun doute le meilleur moyen de surmonter ma peur. Mais de toute façon je doute qu’il trouve une solution pour me protéger là bas. En fait la question ne se pose même pas.
L’adolescente secoua la tête ! la solution existait même s’il lui avait fallut du temps pour l’accepter. Elle reprit son stylo.
Qui aurait pu prévoir l’imprévisible, et somme toute je n’ai plus eut de problèmes avec Alexandre. J’aurais du m’en tenir à ma première idée ! Pourquoi suis-je venu alors que je savais que tout cela finirait mal.
A
Le bruit de pas qui retentissait toujours s’éloignait de plus en plus et l’adolescente hésita à descendre. Elle se sentait plus en sécurité au cœur des feuilles. Elle posa son journal en équilibre précaire et se retourna pour regarder la maison.
Le début des vacances avait été idyllique mais dieu seul savait comment cette histoire allait se terminer.
Elle reprit son journal pour relire un passage précis.
23 Janvier
Je n’aurais jamais imaginé ça ! D’ailleurs je ne sais même pas si c’est possible ! Mais effectivement se serait un bon moyen de me protéger il a raison. Est-ce que je pourrais accepter ? A vrai dire pour l’instant je n’en sais rien ! Peut être peut être pas !
L’adolescente ferma les yeux, elle se souvenait de la scène qui avait déclenché son revirement. Elle venait d’arriver pour redonner son premier cour depuis cet accident quand un serviteur l’avait avertit que l’ambassadeur et le père des enfants voulaient la voir avant son dépars.
Même Kevin avait eut l’air content de la revoir et ce jour là ils avaient tout les deux vraiment bien travaillé. Cependant l’adolescente n’était pas tranquille, elle ne pouvait s’empêcher de regarder vers la porte. A la fin du cour elle avait traversé les couloirs pour se retrouver dans la salle d’attente du bureau.
Une dizaine de minutes plus tard ils l’avaient faite entrer. Elle n’oublierait jamais cette conversation. Dés son arrivée les deux hommes c’étaient levés. Le père des enfants avait prit la parole.
-Victoire j’ai longtemps réfléchis pour trouver une solution qui puisse vous satisfaire ! Et j’ai failli abandonner. Vous avez raisons je suis un homme occupé et je ne pourrais assurer votre sécurité moi-même. D’autre part il est peu probable que beaucoup de personnes acceptent de vous soutenir contre lui. Néanmoins mon fils aîné a eut une idée qui je pense pourrait peut être vous satisfaire.
L’adolescente n’avait pas répondu, elle préférait attendre de voir ce qu’on allait lui proposer et au fond elle doutait de l’efficacité de cette méthode.
Victoire reprit son stylo.
A ce moment là j’étais persuadée que rien ni personne ne pourrait me faire changer d’avis. Pour moi il n’y avait aucun moyen. Et même lorsqu’il m’a exposé cette idée je dois avouer que j’ai hésité. Je n’étais pas vraiment sur !
- Nous avons prit nos dispositions pour faire sauter l’immunité diplomatique de mon fils !
-Si j’apprécie le geste j’avoue que je ne vois pas très bien en quoi cela va m’aider en dehors du territoire français.
Les deux hommes avaient échangé un regard entendu.
-C’est pour cela que vous ne mettrez jamais le pied en dehors du territoire français.
-Je ne comprends pas !
-Il y a déjà eut un précédant. Une situation un peu prés équivalente ! Il est possible par décret royal d’établir autour d’une personne un périmètre de nationalité ! C'est-à-dire que vous resteriez sous la juridiction française même en restant dans mon pays ! Je ne pourrais donc pas intervenir si mon fils devait être jugé !
-D’autre part un de nos voisin a accepté de vous accorder la nationalité de son pays pour pouvoir vous déléguer sous un faux prétexte comme ambassadrice.
-De cette façon vous disposeriez vous-même de l’immunité diplomatique. Ce qui vous permettrait de quitter notre territoire dés que vous le désiriez.
Ils attendaient visiblement une réponse mais j'étais incapable de parler! Je n’arrivais pas à savoir s’ils plaisantaient ou pas. Et j’avoue que j’avais beaucoup de mal à croire qu’ils aient pris toutes ces dispositions.
De toute manière à ce moment là, je voulais vérifier si elles étaient vraiment réalisables.
L’adolescente ferma les yeux une seconde ! Elle avait fait vérifier l’ensemble des papiers par l’un de ses cousins avocats. Et tout était en règle. Il avait tout de même attiré son attention sur un point ! Toutes ces mesures étaient finies dans le temps ! Elle devrait faire attention aux dates !
24 janvier
Je me demande comment ils ont pu obtenir ceci ! Je crois que je ne risquerais rien dans cette situation effectivement et j’avais vraiment envie d’y aller ! Ils ont fait tout leur possible et il a raison, dans ces conditions je pourrais me sentir en sécurité !
Assise sur les branches elle ne put retenir un rire ironique.
En sécurité par rapport à Alexandre ! Oui, je n’ai eu aucun problème avec lui ! Mais tout cela dépendait d’autre chose et à ce moment là j’avais faillit demander de prolonger la notion temps ! J’aurais du je ne serais pas dans cette situation aujourd’hui.
Un toussotement attira son attention ! L’ambassadeur attendait au pied de l’arbre.